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100e Open de France : Les Challengeurs français

Qui pourrait, à l’issue du troisième tour de l’Open de France, dire que le golf français ne se porte pas bien ? Certes, Victor Dubuisson et Grégory Bourdy ne sont pas là où on les attendait mais quatre joueurs français du Challenge Tour, la deuxième division, se trouvent dans les 44 premiers du classement. Le moins que l’on puisse dire est que la relève est prête.

100e Open de France, les challengers français

Pour les citer dans l’ordre du classement, Mathieu Decottignies-Lafon, Clément Sordet, Romain Langasque et Adrien Saddier, tous pensionnaires du Challenge Tour, 22 ans de moyenne d’âge, ne se sont pas privés pour voler la vedette à leurs aînés du Tour. Au point que, dans un moment d’absence, l’on pourrait se demander si cet Open de France ne serait pas un nouveau tournoi inscrit au calendrier du Challenge dans lequel se seraient glissés les meilleurs joueurs européens.

Si les suiveurs que nous sommes peuvent être étonnés d’une telle concentration d’ « apprentis » après le cut d’un tournoi si relevé, les grands connaisseurs ne montrent aucun étonnement. « Il n’y a rien de surprenant, assène Benoît Ducoulombier, l’entraîneur de Romain Langasque et Adrien Saddier. Ces joueurs font partie d’une génération qui pousse très fort. Ils jouent super bien, ils tapent fort, ils y vont ! Il faut aussi tenir compte du fait qu’ils font une bonne saison sur le Challenge Tour et que donc cet Open de France est un cadeau pour eux dont ils vont retirer beaucoup d’expérience. »

Jeune doyen des pros français, Raphaël Jacquelin ne montre, lui non plus, aucun étonnement. Il n’a pas encore eu l’occasion de fréquenter de façon suivie ces joueurs, à l’exception de Mathieu Decottignies-Lafon dont il a été le parrain dans le cadre des Etoiles du sport, mais cela ne l’empêche pas d’apprécier leur performance : « Les voir passer le cut ici, sur un parcours très difficile qui peut punir très vite les erreurs, montre qu’ils ont le niveau. Le groupe français est en train de s’étoffer, c’est vraiment top. La France golfique commence à être reconnue. Et je pense aussi que la différence de niveau entre le Challenge Tour et le Tour se réduit de plus en plus. »

En effet, un coup d’œil sur le classement général du Challenge Tour, le Race to Oman, permet de voir qu’actuellement on trouve six Français dans les 30 premières places, quatre d’entre eux étant même entre la deuxième et la treizième place. Ce qui est aussi frappant est de constater que ces quatre jeunes loups figuraient ensemble dans les rangs de l’équipe de France amateur il y a quatre ou cinq ans, sous la direction de Renaud Gris.

Pourrait-on dès lors parler d’un effet de génération, un peu comme on a pu parler dans le football français de la génération de 1987 ? Clément Sordet n’y croit pas une seconde. « Que l’on se retrouve tous les quatre ici cette semaine est surtout dû au hasard, pense-t-il. Ce qui n’est pas du hasard, par contre, est l’investissement que la Fédération a fait sur nous et sur d’autres joueurs amateurs depuis plusieurs années. »

Olivier Léglise croit pour sa part à un effet générationnel et se réjouit profondément de voir ces jeunes en si belle posture : « Je crois à ces phénomènes, d’autant plus qu’ils sont assez réguliers ces dernières années. Il y a des cycles avec des joueurs exceptionnels, comme Dubuisson, Levy et Wattel, mais on ne peut que constater l’émergence de générations qui s’enchaînent grâce à tout le travail qui est fait en amont, au sein des pôles et des équipes de France. »

« Plus il y a de jeunes qui jouent bien, plus l’émulation est forte entre eux, et plus ça tire tout le monde vers le haut, poursuit l’entraîneur fédéral. Les exemples successifs des uns et des autres inspirent les générations qui suivent et c’est formidable de voir ça. C’est la preuve que le golf français est en bonne santé. Même s’il n’est pas encore en haut des classements mondiaux, on est sur la bonne voie. »

Fruit d’un hasard tout relatif, Oliver Léglise et Renaud Gris se retrouvaient sur le practice samedi après-midi. Le premier terminait une séance avec Romain Wattel, le deuxième avec Clément Sordet. « Nous nous voyons rarement mais je constate depuis plusieurs années que Renaud est l’artisan du coaching qui permet à ces jeunes de progresser et d’arriver chez les pros avec des compétences fortes, reconnaît Olivier Léglise. C’est un travail difficile parce que ces jeunes sont très demandeurs et qu’il faut formater beaucoup de choses. »

D’ici à parler d’une « génération Gris » il n’y a qu’un tout petit putt que l’intéressé, du genre modeste, se garde bien de jouer : « Ces joueurs ont en effet tous été dans l’équipe de France il y a 4 ou 5 ans. Je suis très content de voir qu’ils continuent de progresser, c’est top. Ça veut dire que le boulot est très bien fait à tous les niveaux de la filière, par tous les différents acteurs. Nos jeunes sont de mieux en mieux préparés et, une fois chez les pros, ils sont bien encadrés dans tous les secteurs de la performance et ils retrouvent des coaches très expérimentés. »

Ils sont aussi très forts, tout simplement. Si beaucoup estiment que la différence de niveau entre le Challenge Tour et le Tour s’amenuise de plus en plus, Benoît Ducoulombier pense en l’occurrence que c’est surtout le niveau des Français qui monte. « Les gars qui sortent du pôle France sont mieux formés, ils ont déjà acquis beaucoup de notions dans plein de domaines, ils sont mûrs beaucoup plus tôt. »

Rappelons que deux de ces quatre garçons dans le vent, Adrien Saddier et Clément Sordet, doivent leur présence à l’Open de France à leur classement à l’ordre du mérite national, que Romain Langasque a bénéficié d’une invitation et que Mathieu Decottignies-Lafon a acquis son droit de jeu en passant avec succès l’une des épreuves de qualification. 


Par Jean-Louis Aragon
2 juillet 2016